Pierre Moisset - Sociologue consultant

Sociologue consultant

Politiques sociales et familiales

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Le 20 novembre 2012, dans le cadre de la journée des droits de l’enfant, je suis intervenu auprès des personnels de la protection de l’enfance du Conseil Général 66 sur le thème "Extraordinaires enfances ordinaires".
Dans cette formation au titre volontairement contradictoire, j’ai souhaité parcourir avec les professionnels et acteurs de la protection de l’enfance, les mondes de l’enfance dite « ordinaire ». L’enfance qui n’est pas concernée ou interpellée par une question de sauvegarde, de protection, de surveillance… En rapprochant les mots « extraordinaire » et « ordinaire » je souhaitais insister sur le fait que, pour connaître un parcours qui ne soulève pas d’alarme, un parcours « commun », ces enfances traversent des transformations, affrontent des enjeux, vivent des épreuves qui ne sont pas anodines.
Ces enfances traversent des transformations massives ces dernières décennies avec les nouvelles règles du jeu éducatif. Règles où il faut maintenant, pour les parents, savoir reconnaître son enfant comme une personne singulière tout en l’armant le mieux possible face à un jeu scolaire tendu et au résultat de plus en plus incertain. Symétriquement, les enfants cherchent, au sein d’une relation de dépendance à leurs parents, à développer un univers personnel, une sphère d’autonomie, tout en assurant leur scolarité.
Ces enfances affrontent des enjeux, du fait de l’individualisation. Une individualisation où ils doivent s’affirmer et se construire face à leurs parents, face à leurs pairs, ainsi que face à l’école dans des jeux relationnels exigeants. La construction de soi et la transformation de soi tout au long de l’enfance et de la jeunesse prennent des formes plus sensibles, plus délicates dans ce contexte où chacun doit se construire avec et contre les regards portés sur lui.
Ces enfances traversent des épreuves. Que ce soit l’épreuve du changement de statut aux yeux des parents (de petit enfant à enfant, de l’enfant à l’adolescent), l’épreuve scolaire où les enfants se voient juger, jauger avec parfois une grande sévérité et, encore une fois, l’épreuve des autres (les pairs), qui jugent, situent, de manière parfois très rude.
Nous parlons d’enfance au pluriel parce que, même si les évolutions que nous évoquons touchent l’ensemble des enfants, elles les touchent différemment en fonction de la situation, de la position sociale de ces enfants. Il y a donc bien des enfances, marquées par des conditions de vie différentes, des manières de vivre et d’assumer l’enfance d’aujourd’hui différentes.

Le 11 Octobre 2012 je suis intervenu à la demande du RAM du conseil général des Alpes Maritimes auprès d’un public d’assistantes maternelles et de professionnels de l’accueil de la petite enfance travaillant en collectif.
Mon intervention portait sur les enjeux de l’accueil. En effet, quelque soit le mode d’accueil auquel ils ont recours, les parents se positionnent toujours par rapport à trois enjeux dans l’accueil de leur enfant. Trois enjeux plus ou moins présents en fonction du profil des parents et trois enjeux qui se manifestent différemment en fonction des lieux d’accueil. Ces trois enjeux sont :

  • • La recherche de support et de renforcement du rôle parental.
  • • La recherche de maîtrise de l’accueil de l’enfant
  • • La recherche d’un bon lieu d’accueil pour l’enfant.

Chez les assistantes maternelles avec la recherche de support au rôle parental les parents cherchent à se rapprocher affectivement de l’assistante qui est alors vue comme un guide, tandis que la recherche de maîtrise amène les parents à s’arc-bouter sur le contrat pour tenter de contrôler ce que fait l’assistante. Ces deux recherches, lorsqu’elles sont trop dominantes chez les parents, leur posent des problèmes de réglage de la relation, relation qui ne peut se résumer ni à un contrat ni à une heureuse rencontre autour de l’enfant. Seul le troisième enjeu, la recherche d’un bon lieu d’accueil, amène les parents à avoir une relation stable et satisfaisante avec les assistantes maternelles. Mais, pour cela, ils doivent abandonner tant le rêve de la proximité que celui du contrôle et laisser à l’assistante maternelle une certaine latitude d’action auprès de leur enfant tout en fixant des bornes à la relation.
Face à ces enjeux, les assistantes maternelles doivent elles-mêmes apprendre à se positionner comme des professionnelles en mettant plus en avant ce en quoi consiste leur métier, leur savoir-faire : non pas le simple exercice de l’amour des enfants, pas plus que la maîtrise d’un cadre contractuel, mais l’accueil d’un enfant dans un cadre familial avec une place à lui faire dans ce cadre, mais aussi une place à trouver auprès de lui, auprès des parents.
A travers leurs enjeux, les parents nous apprennent finalement que les professionnelles sont elles aussi tentées, dans la relation d’accueil, par le rapprochement affectif ou par la maîtrise contractuelle. La solution pour une relation sereine ne se trouvant dans aucune de ces deux options, mais dans la revendication d’une compétence et d’une place qui réponde en bonne partie aux demandes des parents tout en résistant relativement à certaines de ces demandes.
Affaire à suivre pour de nouveaux développements...

Le 1er octobre 2012, je suis intervenu auprès des responsables de RAM des Deux-Sèvres sur la question de l’accompagnement des parents en recherche d’une place d’accueil. Je me suis efforcé d’élargir la question en montrant, à travers l’exemple de différents parcours d’accueil, que les parents (et en particulier les mères qui gèrent plus spécifiquement cette question) ne sont pas des consommateurs froidement rationnels en recherche d’une place d’accueil, mais des acteurs pris dans des logiques profondes liées à leur situation et leur parcours social.
Les parcours d’accueil nous donnent à voir des mères prises dans une tension entre leurs sphères professionnelles et maternelles, des mères qui ont parfois du mal d’une part à mesurer leur besoin d’accueil (la nécessité pour elle d’avoir une place d’accueil), d’autre part à faire la part entre leur désir de garder elle-même leur enfant et le désir/besoin de le faire garder. Aussi, les différents professionnels ne rencontrent-ils pas toujours des parents au clair avec la question de l’accueil de leur enfant, mais des parents en recherche d’un dialogue pour faire le clair dans leur dilemme intérieur.
Dans cette intervention, j’illustre les différents parcours d’accueil et leurs logiques spécifiques à travers l’exemple de l’arrivée de l’enfant et des démarches auprès des modes d’accueil.
Vous trouverez ci-dessous le texte de l’intervention, les commentaires sont les bienvenus.

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Le 14 Juin 2012 j’ai donné auprès des différents acteurs éducatifs du pays d’Aunis (éducation nationale, associations, centres sociaux et de loisirs, CAF) la conférence inaugurale d’un cycle de formation-action qui va s’étaler sur l’ensemble de la saison 2012-2013.
Lors de cette première conférence, je me suis attaché à faire ressortir le récent mouvement historique de complexification de la fonction parentale. Il est de plus en plus difficile d’être parent, c’est souvent dit, notamment pour dénoncer parfois dans un second temps la démission des parents face à cette mission devenue plus lourde.
Or, à bien regarder la genèse de la famille contemporaine, il est de plus en plus difficile d’être parent notamment parce que l’on est de plus en plus parent d’un enfant qui circule dans l’espace social, d’un enfant qui acquiert l’essentiel de sa valeur sociale en dehors de sa famille. Ainsi on est rapidement un "parent d’élève". C’est à dire un parent ayant à charge de favoriser l’acquisition de savoirs et de diplômes par son enfant. Savoirs et diplômes qui, particulièrement dans le contexte français, vont déterminer la valeur sociale de l’individu. Aussi, le parent accomplit une part de plus en plus essentielle de sa mission dans son articulation avec des institutions que traversent ses enfants. S’il est de plus en plus difficile d’être parent c’est donc, notamment, que cela demande de plus en plus de concertation avec les institutions que traversent les enfants, c’est que l’on est de plus en plus parent en réseau. Et les dénonciations des incuries des parents oublient un peu vite que les institutions sensées collaborer avec ces derniers (accueil de la petite enfance mais aussi et surtout l’école) ne sont pas toujours au rendez-vous. D’où la nécessité de souligner le fait que l’on est parent au sein d’un réseau et non pas principalement "en personne" du fait de compétences enfouies au fond de soi.
Cette conférence ouvre un cycle de cinq autres conférences suivies d’atelier avec les acteurs du pays d’Aunis sur les thèmes :

  • Les nouvelles règles du jeu éducatif - 28 novembre 2012
  • Les mondes de l’enfance - 17 janvier 2013
  • Autorité, limites et violence - 14 février 2013
  • Accueillir les enfants et les familles - 20 mars 2013
  • La famille contemporaine - 24 mai 2013

Pour tout renseignement, s’adresser au pays d’Aunis, ou bien à la CAF de la Rochelle.

La journée du 27 septembre 2012 (programme disponible ici), face aux acteurs locaux du Doubs a été l’occasion de refaire le point, comme à Montpellier en février dernier, sur l’état de la réflexion en France sur la politique d’accueil de la petite enfance. Une réflexion entièrement renouvelée puisque l’on parle depuis quelques années de "service public de la petite enfance", que le Conseil d’Analyse Stratégique a publié plusieurs notes (ici et ici) très intéressantes sur l’investissement social dans la petite enfance. La politique petite enfance se voit ainsi dotée d’une importance cruciale (la première des politiques éducatives parce que la plus précoce et la plus cruciale). Aussi, qu’en est-il de la réflexion politique pour accéder à un véritable "service public de la petite enfance" ?
Et bien cette réflexion reste encore très prise dans l’histoire et les catégories de pensée sur l’accueil de la petite enfance propre à notre pays. Ainsi, alors que la réflexion sur une qualité d’accueil pour tous les enfants amènerait à définir un pilote administratif et politique pour cette importante mission, à hiérarchiser les objectifs de cette politique (l’accueil de qualité de tous les enfants pour leur garantir le meilleur avenir possible), des parcours d’accueil privilégiés pour les enfants (quels modes d’accueil à quel âge pour garantir une bonne socialisation et un épanouissement) ; les différents rapports officiels (celui du CAS, du Sénat, de l’IGAS notamment) ne sortent pas du cadre français où prévaut un certain éclatement institutionnel (entre les CAF, les départements et les villes), une pluralité d’objectifs de l’accueil de la petite enfance et une grande hétérogénéité des différents modes d’accueil (de la garde à domicile aux EAJE). Face à cela, je me suis efforcé de dessiner les pistes accessibles aux acteurs locaux pour s’inscrire tout de même dans cette idée stimulante d’investissement social dans la petite enfance. Le travail ne fait que commencer...

Le 9 février 2012, j’ai eu le plaisir et l’honneur d’introduire et de conclure un séminaire initié par le réseau devenir d’enfance sur le thème : "allier qualité d’accueil et bonne gestion, un pari possible."
En posant la question conjointe de la bonne gestion et de la qualité d’accueil, les concepteurs de cette journée me semblaient aller dans une direction intéressante et prometteuse. Une direction intéressante parce qu’il ne s’agissait pas de se camper dans une résistance totale face à l’évolution récente du champ de la petite enfance (qui est effectivement préoccupante sur certains points). Et une position intéressante parce qu’il ne s’agissait pas non plus de se conformer sans réflexion à ces récentes évolutions et d’interroger conjointement la notion de qualité et de gestion.
Vous trouverez les actes du colloque à l’adresse suivante.
J’espère que ce type de réflexion, surtout impulsé par des réseaux de praticiens, aura à nouveau lieu en d’autres points du territoire ainsi qu’au niveau national. Il me semble urgent que les professionnels s’emparent des notions de gestion, d’évaluation plutôt que de se les voir imposer par des commanditaires qui ignorent les enjeux et caractéristiques de leur champ d’activité.

4 Octobre 2011 Intervention auprès du réseau Colline ACEPP à Lille : Un curriculum français de la petite enfance ?

En Mai 2011 ma première intervention auprès du réseau Colline ACEPP avait pointé les difficultés de la conception française de l’accueil collectif du jeune enfant (conception dans laquelle il faut surtout savoir défendre le très jeune enfant des méfaits du collectif sans penser en quoi ce jeune enfant est aussi un être social ni en quoi le collectif est pour lui aussi un lieu d’engagement relationnel) et l’intérêt de différents curriculums de la petite enfance étrangers (Suède, Berlin, Danemark, Ecosse) pour repenser cet accueil.
Il s’agissait dans cette seconde intervention de s’interroger sur la possibilité d’un curriculum en France. Pas forcément le même qu’un de ces exemples étrangers ; ou inspiré par les mêmes valeurs, en tout cas la possibilité d’un texte explicitant un certain nombre de valeurs et d’objectifs en rapport avec l’accueil du jeune enfant. Or, l’idée que puisse s’élaborer un curriculum de la petite enfance en France (en tant qu’un tel texte nantirait l’accueil de la petite enfance d’objectifs et d’un sens clarifiés, affirmés) se heurte au « triple éclatement » dont souffre cette politique en France.
Un éclatement entre plusieurs institutions : les CAF pour le financement, les villes pour les projets, les départements pour les agréments.
Un éclatement entre plusieurs traditions d’accueil : avec le côtoiement de l’accueil individuel, de l’accueil collectif et, à travers ces différentes formes d’accueil, de professionnels ayant plusieurs années de formation (puéricultrice, auxiliaire de puériculture, EJE), 120 heures de formation (les assistantes maternelles), ou aucune formation (les auxiliaires parentaux ou gardes à domicile).
Un éclatement entre plusieurs objectifs de la politique petite enfance : Comme le souligne le rapport du CAS sur le service public de la petite enfance : "Les politiques publiques en faveur de la petite enfance poursuivent simultanément des objectifs de nature différente : satisfaire des besoins des familles, socialiser les enfants, faciliter la conciliation vie professionnelle/vie familiale et accroître le taux d’activité des femmes, soutenir les taux de fécondité, lutter contre la pauvreté infantile, garantir l’égalité des chances."
Aussi, dans cette intervention, j’ai souhaité savoir si les récents rapports officiels sur l’accueil du jeune enfant traitaient de ce triple éclatement et tentaient de le résoudre. Bref, j’ai tenté de savoir si les conditions d’un curriculum étaient susceptibles de se réaliser dans notre pays dans un avenir plus ou moins proche. Les trois rapports analysés sont :
Le rapport du conseil d’analyse stratégique sur le service public de la petite enfance de février 2007.
Le rapport de Joëlle Voisin (IGAS) "Le développement de la garde d’enfants", de juin 2009.
Le rapport du sénat sur le développement de l’accueil de la petite enfance en milieu rural de juillet 2009.

INSET Montpellier les 12 et 13 septembre 2011 Formation protection de l’enfance et famille contemporaine.

Les 12 et 13 septembre 2011, j’ai animé une formation auprès de cadres de la protection de l’enfance sur les logiques de la famille contemporaine et la protection de l’enfance.
Une occasion de faire le lien entre les situations qui se présentent en protection de l’enfance, qui risquent toujours de paraître exceptionnelles, marginales, ou bien encore liées à des conditions très particulières d’existence, et les mouvements de fond de démocratisation des relations familiales repérées par ailleurs.
On peut en effet avoir l’impression - particulièrement à travers certains faits divers dramatiques - que les parents, les familles concernées par l’action de la protection de l’enfance sont radicalement autres. Sans effacer ce qui fait la particularité de leur situation, il est intéressant de lire ces situations familiales au prisme des théories de la famille contemporaine en sociologie souvent accusées de ne s’appliquer qu’aux classes moyennes. On peut voir alors que, même si ces familles, pour de multiples raisons, ne parviennent pas à réaliser ce modèle, elles s’y réfèrent néanmoins et tendent à le vivre. Ainsi, une partie des situations préoccupantes pour les enfants qui surviennent au sein de ces familles, peuvent s’expliquer par cette tension entre une aspiration à un modèle relationnel et les difficultés de le réaliser.
En mettant en lien logiques de la famille contemporaine et situations de protection de l’enfance, il s’agit également de cesser de penser ces situations comme des exceptions malheureuses ou déterminées uniquement par des critères matériels (pauvreté, précarité). Pour les penser plutôt comme des situations probables liées au mouvement de démocratisation des relations familiales. Des situations plus probables dans certains milieux où cette démocratisation est plus particulièrement difficile (milieux populaires, précaires, parcours migratoires), mais qui ne doivent - encore une fois - pas faire croire à la permanence d’une sorte d’altérité à l’intérieur de notre propre société. Des situations qui doivent plutôt amené à penser ce que doit une société et ses politiques à des familles face aux défis de construire et de lier ensemble des individus autonomes et se construisant sur une essentielle dimension affective.
Pour approcher cet objectif, la formation a, après l’évocation des logiques de la famille contemporaine, abordé la question des familles populaires, précaires et migrantes.

Voici une première bibliographie indicative des travaux qui ont servi à construire cette approche :
Sur la sociologie de la famille contemporaine l’ouvrage difficilement contournable :
François de Singly : Sociologie de la famille contemporaine, collection 128, éditions Nathan, Paris, 1993 (2ème édition réactualisée, 1996) ; éditions A. Colin, 2004 (3ème édition entièrement refondue, A. Colin, 2007)
Du même auteur, un très bon article sur les questions d’autorité et de type de norme au sein de la famille : Les tensions normatives de la modernité, disponible sur le portail Cairn
Enfin, sur la question de la parentalité, un travail très intéressant qui permet de réinterroger utilement les politiques de soutien à la parentalité et leurs tendances à se centrer sur l’intériorité des parents : Marine Boisson et Anne Verjus, La parentalité : une action de citoyenneté

Sur les familles populaires :
Un ouvrage majeur (par sa taille et son propos) mais difficile à trouver peut être aujourd’hui : Olivier Schwartz, Le monde privé des ouvriers, hommes et femmes du Nord, Paris, PUF, 1990.
Cyprien Avenel : La famille ambivalente dans la ville inégale
Marie Clémence Le Pape : être parent dans les milieux populaires : entre valeurs familiales traditionnelles et nouvelles normes éducatives
Sur la question des liens familiaux en milieu populaire à l’épreuve de la scolarité, Daniel Thin : Un travail parental sous tension : les pratiques des familles populaires et l’épreuve des logiques scolaires

Sur les familles migrantes, un long et bel article sur les changements de statuts au sein des familles africaines polygames du fait de la migration : PH. Bernardet et D. Poitou Du Cadet à l’enfant
Un autre article intéressant sur cette question des précarités sociales et familiales liées aux migrations et aux politiques migratoires : Marie Laure Cadart, La vulnérabilité des mères seules en situation de migration

Colloque "accueillir le jeune enfant en situation de handicap en milieu ordinaire", 17 juin 2011

Une actualité à poseriori mais dont je tenais à rendre compte. J’ai participé le 17 juin dernier à un colloque sur l’accueil de l’enfant en situation de handicap en milieu ordinaire organisé par la CAF, la MSA et le Conseil Général de l’Yonne à destination des professionnels de la petite enfance de ce département.

Pour ma part j’ai exposé les logiques et les formes de la famille contemporaine et la façon dont elles interpellent les professionnels de l’accueil de la petite enfance, mais ce colloque a surtout été l’occasion de rencontrer des personnes très intéressantes qui m’ont permis de m’initier à la question du handicap, question que je ne connaissais pas jusqu’ici et dont je sais maintenant qu’il me reste tout à découvrir.

Tout d’abord les membres de l’association une souris verte qui ont animé ce colloque avec un grand professionnalisme et présenté leur structure petite enfance qui accueille un tiers d’enfant en situation de handicap.

Mais également Luc Boland cinéaste et réalisateur et père d’un garçon atteint d’un syndrôme rare. Il a, entre autres, réalisé un blog sur son aventure paternelle et familiale avec son fils Lou.

Mais aussi, Charles Gardou, anthropologue spécialisé sur la question des vulnérabilités et du handicap. J’ai retenu de son propos le fait que, si les vulnérabilités et les situations qui vont être codées comme des handicaps sont statistiquement fréquentes chez les humains, les diverses sociétés humaines ont comme caractéristique commune de rejeter ces situations non extraordinaires et inhérentes au vivant dans une altérité à rejeter ou à inclure, mais ce une fois le premier mouvement de mise à l’écart opéré. Son approche me semble ouvrir avec profit sur la question du statut de la personne en situation de handicap dans des sociétés prises dans un mouvement d’individualisme. Mouvement qui met notamment l’accent sur la nécessaire autonomie du sujet. Aussi, les personnes en situation de handicap poseraient crucialement la question des supports de l’individu et des dispositifs d’autonomie ou dispositifs de socialisation. C’est à dire ces arrangements matériels et relationnels qui permettent à un sujet qui ne peut se tenir soi-même en tant que sujet (du fait de difficultés de compréhension, mobilité, indépendance qui constituent entre autres les caractéristiques d’un sujet autonome à nos yeux) d’être tout de même un sujet, mais un sujet dont la part collective et relationnelle est plus évidente que celle des autres, ceux qui ne sont pas en situation de vulnérabilité ou de handicap. Bref, to be continued...

Enfin, last but not least, Pascale Camus, de l’Office de la Naissance et de l’Enfance de la communauté française de Belgique et Laurent Thomas de l’association Loisirs Pluriel et porte parole de la plateforme Grandir Ensemble. Ce dernier a notamment fait un très intéressant exposé sur la question des coûts complémentaires de l’accueil des enfants handicapés, notamment en structure petite enfance et école primaire.

Bref, un ensemble de belles rencontres et une thématique que j’aimerai développer et approfondir.

Le bonheur est-il dans la crèche ? Colloque de la FNAPPE le 20 mai 2011

Le 20 mai 2011 en collaboration avec le cabinet champs croisés et avec Sophie Odena (sociologue) et Emmanuelle Reille-Baudrin (psychologue du travail), j’ai participé au colloque organisé par la FNAPPE "Le bonheur est-il dans la crèche ?"

Ce colloque proposait de réfléchir autour de l’évolution et d’une meilleure reconnaissance des métiers de la petite enfance dans le contexte actuel de diminution des moyens.
Je suis intervenu à nouveau autour de la comparaison de projets d’établissement français avec des curriculums étrangers de la petite enfance (pour la notion de curriculum de la petite enfance, voir le livre que j’ai co-rédigé avec Sylvie Rayna et Catherine Bouve “Pour un accueil de qualité de la petite enfance : quel curriculum”). Ce afin de faire réfléchir autour de la façon dont la “conception française” de l’accueil de la petite enfance empêche les professionnels de la petite enfance de sentir, de penser et d’agir et enfin de revendiquer comme étant leur compétence et leur valeur propre. Voici une présentation plus détaillée de mon intervention.

Comment penser et promouvoir la qualité d’un collectif d’accueil dans un contexte d’optimisation des places d’accueil ? Optimisation qui passe notamment, depuis le décret du 8 juin 2010, par une possibilité accrue d’accueil d’enfants en surnombre et par une moindre présence de professionnels qualifiés dans les établissements d’accueil.
Cette volonté de « création » de places d’accueil via notamment un assouplissement des modalités d’accueil interroge les professionnels et leurs valeurs. Nous nous proposons d’ouvrir le débat en comparant des projets d’établissement français avec des « curriculums » de la petite enfance étrangers. On s’aperçoit alors que les professionnels français présentent souvent le collectif comme un risque pour l’identité et la singularité des enfants, là où les curriculums (d’Ecosse, du Lander de Berlin ou de Suède par exemple) le présentent comme un lieu de vie sociale correspondant à la « nature » relationnelle et sociale des jeunes enfants. Le lieu d’une vie sociale donc, qui requiert la présence d’adultes attentifs et formés, pour être accompagnée et porteuse de valeurs démocratiques. En poursuivant cette comparaison internationale sur différents points (la place du jeu, la séparation parents-enfants) on questionnera la conception française : notre représentation du groupe d’enfants comme une juxtaposition d’individus plutôt que comme « une petite société à animer » permet-elle de favoriser ou au contraire ne risque-t-elle pas de freiner, aujourd’hui, la défense du nombre et de la qualification nécessaires des professionnels auprès des enfants ?

"Journée régionale d’étude L’accueil de la petite-enfance : Quelles évolutions des politiques d’accueil ?"IRTESS de Bourgogne, Dijon, le 5 mai 2011

La journée régionale d’étude du 5 mai 2011 à l’IRTESS de Dijon a été l’occasion de réfléchir sur les évolutions actuelles de la politique d’accueil de la petite enfance, en présence de professionnels de la petite enfance, de responsables de la CAF et du département.
Voici la présentation de mon intervention.

Les récentes évolutions législatives autour de l’accueil de la petite enfance (décret "Morano" de juin 2010) font légitimement craindre pour la qualité du service d’accueil de la petite enfance dans notre pays. Pour autant, pour qui se soucie de la promotion d’un véritable service public de la petite enfance, la situation semble plus complexe que le simple affrontement entre une politique gestionnaire détériorant les conditions de travail et des professionnels attachés à la qualité de leur action.
Plus précisément, même si la situation se présente bien comme cela à un premier niveau (et à ce titre les mouvements actuels de professionnels de la petite enfance sont à soutenir), elle est plus complexe à un deuxième niveau. En effet, à y regarder de plus près, le rapport Tabarot et le décret Morano se réfèrent à des notions "service public de la petite enfance" et des référentiels "l’état d’investissement social" porteurs de riches perspectives pour la question de l’accueil de la petite enfance. Ils s’y réfèrent en les dévoyant, mais ils s’y réfèrent tout de même, ce qui peut être l’occasion de se saisir de ces notions dans une optique de promotion d’un service public de qualité de l’accueil de la petite enfance.
Face à cela, la défense de la qualité de l’accueil par les professionnels se fait parfois aujourd’hui au nom du respect de l’individualité de l’enfant, en laissant dans l’ombre la question de ce qui fait la qualité propre d’un espace collectif d’accueil.
Pour résumer, l’offensive actuelle sur les services d’accueil de la petite enfance se fait avec des concepts dont les professionnels auraient tout intérêt à s’emparer, tandis que ces mêmes professionnels défendent leur action avec des notions qui en laissent de large part dans l’ombre.

Rencontre départementale des professionnels de la petite enfance Nord Pas de Calais les 27 mai et 9 juin 2011 Association Colline ACEPP Nord Pas de Calais
A l’occasion de deux journées d’étude les 27 mai 9 juin 2011, nous avons eu l’occasion avec des professionnels de l’accueil de la petite enfance (accueil collectif et individuel) de réfléchir autour des qualités de l’espace d’accueil des jeunes enfants. Des qualités au sens de ce qui définit cet espace d’accueil, de ce qui s’y passe et de ce qu’il fait aux adultes et aux enfants qui s’y rencontre.
Des qualités au sens également des vertus de ces espaces d’accueil pour la socialisation des enfants, mais aussi des parents ainsi que pour la professionnalisation des professionnels.
Pour y parvenir, nous avons croisé les expériences et propositions des professionnels présents avec des réflexions issues de la comparaison entre curriculums de la petite enfance de plusieurs pays étrangers et des projets d’accueil d’établissements français. Nous avons travaillé autour des "angles morts" d’une certaine conception française de l’accueil de la petite enfance et nous avons surtout fait en sorte d’identifier dans les pratiques, les discours et les souhaits des professionnels ce qui est déjà en train de bouger dans ce domaine.

"Aux bords de la rupture" : Intervention maison des adolescents de Saint Brieuc le 19 mai 2011

Je suis intervenu le 19 mai 2011 à un colloque professionnel organisé par la Maison des Adolescents de Saint Brieuc. Colloque intitulé "Aux bords de la rupture" consacré aux jeunes "incasables" ou en "grandes difficultés". Voici la présentation de mon intervention basée sur mon travail réalisé pour l’ASE de Seine-Saint-Denis.
En protection de l’enfance, les jeunes en grandes difficultés dits « incasables » mobilisent énormément les équipes psycho-éducatives du fait de leur violence et de la complexité ou la lourdeur de leur situation personnelle et familiale, difficile à évaluer, lourde à accompagner. L’intensité de leurs manifestations fait qu’ils sont considérés comme ne relevant pas de l’action éducative mais de l’action médicale ou pénale. A partir d’une étude réalisée pour l’Aide Sociale à l’Enfance de Seine-Saint-Denis, on tâchera de démontrer que ces jeunes ne sont pas étrangers à l’action éducative, mais que leurs manifestations violentes se comprennent aussi comme la rencontre entre leur position familiale particulière et une action éducative qui peine à comprendre certains de leurs liens. Une fois que l’on aura éclairé la façon particulière dont la situation de ces jeunes interpelle l’action éducative, on verra comment réagissent les éducateurs de l’ASE et les juges des enfants. On pourra alors ouvrir des pistes de réflexion pour l’action éducative auprès de ces jeunes qui relèvent, on le verra, pleinement d’elle.
Participait également à ce colloque Pierre Delion et des professionnels de la Villa Préault et de l’ITEP de Valloires.

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